Le printemps éclate en Bulgarie

jeudi 26 avril 2012
par  Joël Chiron
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« Le désert et le pays aride se réjouiront ; La solitude s’égaiera, et fleurira comme un narcisse ;
Elle se couvrira de fleurs, et tressaillira de joie. Avec chants d’allégresse et cris de triomphe ; La gloire du Liban lui sera donnée, La magnificence du Carmel et de Saron. Ils verront la gloire de l’Éternel, la magnificence de notre Dieu.
Fortifiez les mains languissantes, Et affermissez les genoux qui chancellent ;
Dites à ceux qui ont le cœur troublé : Prenez courage, ne craignez point ; Voici votre Dieu (…) Il viendra lui-même, et vous sauvera. »
Esaie 35 :1-4

Montana, le 27 avril 2012

Chers frères et soeurs,

Le long hiver s’en est allé, presque à vue d’œil la campagne et les montagnes se sont couvertes d’une verdure florissante. « Le printemps éclate », disent les Bulgares, tant sa venue est soudaine.

Je me suis peu à peu remis de ma pneumonie et travaille normalement. Seule de la fatigue et une toux persistante me rappellent ma mésaventure de cet hiver. La famille va bien dans l’ensemble. Camélia n’a pas réussi à retrouver du travail, elle se contente de donner quelques leçons particulières, et a ainsi plus de temps pour prendre soin de la famille et se reposer aussi. Ces derniers mois et années ont été difficiles pour elle.

Nos collaborateurs Stéphane et Bonka ont été très éprouvés dans leur santé. Stéphane a subi comme prévu l’opération de sa hanche détériorée par la coxarthrose. Une hanche artificielle a été implantée, l’intervention est réussie et Stéphane se rétablit peu à peu, mais sa convalescence durera encore plusieurs mois. Bonka de son côté souffre d’une infection de son rein transplanté. Elle a dû faire deux séjours en hôpital à Sofia, et s’y trouve en ce moment-même pour un troisième. Son état se détériorant ces dernières semaines, de multiples examens ont été faits et finalement un virus au cœur même du rein a été détecté. Bonka commence un traitement mais il est encore trop tôt pour en estimer les résultats. Bonka est très fatiguée, sa situation de santé est précaire. Elle a été transplantée depuis 12 ans maintenant et les risques liés à sa santé se multiplient. Nous vivons avec émotion l’épreuve de nos chers collaborateurs fidèles depuis toujours. Je les connais depuis le début de ma vie en Bulgarie en 1993, il y a 19 ans déjà. Bonka était alors à l’hémodialyse à Montana, sa vie était quotidiennement en danger. Dieu a pris soin d’elle jusqu’à aujourd’hui, Il continuera à le faire, nous le croyons.

Nos amis étant alités, pour Damien et moi le quotidien est rempli autant que possible, mais de nombreuses choses se passent au niveau de l’œuvre du Seigneur ici, ce qui nous donne vraiment de l’espoir pour l’avenir. A la prison de Vratza les contacts se multiplient. Nos amis Dani et Dobri sont en fin de peine. D’ici cet été ils devraient retrouver la liberté et nous les accueillerons dans la maison à Slivovic. Ils s’en réjouissent, mais le combat pour revenir à une vie normale, et surtout suivre le Seigneur ne fait que commencer. Dobri vivait avec une bande de voleurs à Montana, et Dani est impulsif et violent. Comment réagiront-ils en liberté ? Nous comptons entièrement sur la grâce en Jésus-Christ et prions pour leur avenir.

Vous pouvez mentionner aussi dans la prière d’autres prisonniers : Bojidar, Martin, Mitko, Stoycho. Chacun a son histoire mais tous vivent la tragédie de vies dévastées par la violence et le désespoir. Ils ont encore de longues années de détention devant eux. Le Seigneur travaille leurs cœurs, ils s’attachent peu à peu à nous aussi, visite après visite. Damien passe énormément de temps à correspondre par lettre avec eux et conduit leurs familles au parloir le samedi. Nous avons le petit culte ensemble le jeudi dans une salle de la prison. Les responsables de la prison apprécient de plus en plus notre présence là-bas et nous manifestent même leur reconnaissance.

Trois jeunes logent déjà dans la maison d’accueil à Slivovic. Ce travail correspond à un besoin immense. Nous découvrons peu à peu que dans notre région, des centaines de jeunes vivent dans l’abandon et le dénuement le plus complet, dans les ghettos et les campagnes reculées en particulier. Les orphelins, les tziganes et les bulgares les plus pauvres sont livrés à eux-mêmes, sans espoir et sans lendemain. Notre premier pensionnaire s’appelle Rangel. C’est un homme timide et discret de 29 ans. Il a vécu une enfance terrible. Sa mère est décédée très tôt, son père, aveugle, vit avec sa deuxième épouse dans une profonde misère. Rangel végétait, avait à peine de quoi manger ; tous ses vêtements tenaient dans un petit sac. Il travaillait de temps en temps dans une usine de conditionnement de poulets, un boulot éreintant pour quelques levas à peine. Rangel garde maintenant les vaches de Nikolai et Petia dans la plaine. Il est profondément reconnaissant et dit avoir trouvé une famille.

Nous accueillons aussi Ivo, neveu de Petia, et Tony, un jeune Tzigane de 17 ans. Ivo est sans foyer, à la rue. Son père, alcoolique, a vendu en hypothèque la maison familiale et a bu l’argent. Ivo aussi est un garçon paisible, silencieux. Il était distant au début mais s’ouvre peu à peu. Il boit de temps en temps et nous prions qu’il soit délivré. Tony est particulièrement attachant. Il a de nombreux frères et sœurs et aidait sa famille en travaillant là ou il pouvait dans les champs autour de son village natal Dondukovo, où nous avons un petit groupe de jeunes. Tony rêve d’avoir un jour des animaux, une petite ferme.

Nikolai et Petia aiment les jeunes et en prennent soin ; ils ont vraiment trouvé leur vocation. Ils leur lisent la Parole chaque soir. Ensemble ils s’occupent des travaux de la ferme, du bétail, des jardins et de l’aménagement peu à peu de la maison d’accueil. Des jeunes viennent des villages voisins pour aider au travail. Petit à petit la propriété, située sur un coteau ensoleillé et verdoyant dominant le village, devient accueillante. Il y a déjà une partie de l’étage qui est aménagée, même si le confort est encore très relatif. Damien et moi allons là-bas plusieurs fois par semaine, pour parler avec les jeunes, faire des petites réunions, travailler à l’aménagement des lieux, encourager Nikolai et Petia.

Merci de votre intercession, que nos forces soient renouvelées, et également pour Martin et Benjamin qui n’appartiennent pas encore a Dieu. Merci à vous tous qui nous soutenez et manifestez régulièrement votre attachement.

En Christ,
Camélia, Joël et les enfants.